« Pas nécessairement la conscription, mais la conscription si nécessaire. »
Il s'agit d'une vieille citation célèbre, forgée par le Premier ministre Mackenzie King pour décrire son approche de la conscription pendant la Seconde Guerre mondiale, connue dans les annales de l'histoire canadienne comme une approche politiquement habile fondée sur le flou, cherchant à satisfaire les deux camps du débat aussi longtemps que possible.
Telle semble être l'approche du Premier ministre Mark Carney concernant les oléoducs.
Malgré les pressions intenses de la première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, et d'autres Canadiens qui considèrent le secteur énergétique comme la clé pour débloquer la croissance économique stagnante du Canada, Carney a choisi de ne pas inclure de pipeline dans sa première liste de grands projets nationaux, mais n'a pas exclu d'en ajouter un à une liste future.
En revanche, la liste de projets que le gouvernement fédéral accélérerait, établie par Carney, comprend de nombreux projets déjà bien avancés.
Cela aurait pu faire perdre son sang-froid à Smith.
Comme Smith l'a longtemps soutenu, les lois de l'ère Trudeau, qui empêchent les soutiens du secteur privé aux nouveaux projets d'oléoducs de s'impliquer activement, rendront difficile la réalisation d'un projet d'envergure. Une intervention fédérale est nécessaire pour remédier à cette situation.
À tout le moins, Carney aurait pu annoncer que le gouvernement fédéral abrogerait les mauvaises lois actuellement en vigueur – notamment le plafond fédéral des émissions et l’interdiction des pétroliers dans le nord de la Colombie-Britannique – afin de garantir la viabilité d’un projet de pipeline pour sa deuxième liste de grands projets nationaux, qui devrait être dévoilée dans quelques mois.
Comme l'a fait remarquer Smith, « Pourquoi une entreprise d'exploitation des sables bitumineux, dans ce contexte, sachant qu'il existe un plafond d'émissions qui l'obligerait à réduire sa production de 2,1 millions de barils, s'engagerait-elle à fournir de nouveaux barils à un pipeline qui desservirait une côte où la circulation des pétroliers est interdite ? »
Même si aucun nouveau pipeline ne figure sur la première liste, et que Carney ne s'est pas engagé à prendre les mesures nécessaires pour qu'un pipeline figure sur la deuxième liste, Smith reste optimiste.
« Maintenant que son équipe est en place, que mon équipe est en place, nous avons des discussions très constructives », a déclaré Smith.
Pour le bien de l'avenir énergétique du Canada, espérons-le.
Les libéraux n'ont fait que parler sans agir en matière d'énergie depuis des années. L'optimisme de Smith repose sur le changement de cette intransigeance libérale.
Après tout, bon nombre des libéraux qui occupaient des postes ministériels importants au sein du cabinet Trudeau, lequel a entravé le développement du secteur énergétique pendant une décennie avec des lois fédérales néfastes, entourent aujourd'hui Carney à la table du Cabinet.
Se pose également la question de la position de Carney lui-même.
Carney était un fervent défenseur du mouvement pour la carboneutralité aux Nations Unies. Il a également insisté pour accorder au premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, farouchement opposé à l'énergie, un droit de veto sur les futurs projets énergétiques traversant sa province. Ce sont deux raisons pour lesquelles de nombreux Canadiens restent sceptiques quant à la réalisation du projet d'oléoduc du nord de la Colombie-Britannique, le projet phare de Smith.
Pour que le projet d'oléoduc de Smith devienne réalité, Carney devra une fois de plus se métamorphoser en un véritable caméléon politique. Il avait déjà adopté cette posture en abrogeant la taxe carbone sur les consommateurs, dont il avait pourtant été un fervent défenseur avant son entrée en politique.
Il devra à nouveau changer de position et rejeter la législation emblématique de l'ère Trudeau sur les changements climatiques, ainsi que son propre engagement à accorder à Eby un droit de veto sur les projets traversant la Colombie-Britannique, afin de voir un projet de pipeline aboutir.
Il peut sembler improbable que Carney change à nouveau d'avis sur la question climatique, mais c'est apparemment ce sur quoi Smith semble miser.
Soit c'est ça, soit, à tout le moins, Smith donne encore un peu de temps à Carney avant de le critiquer publiquement pour ne pas avoir rejoint le mouvement énergétique de bon sens qui souhaite voir la construction de davantage d'oléoducs canadiens.
S'il y a jamais eu un moment où le premier ministre devait plaider en faveur de la construction de nouveaux pipelines pour alimenter la croissance économique future, c'est bien maintenant. L'économie canadienne est au bord de la récession, les demandes d'allocations de chômage explosent et le déficit est abyssal.
Pour le bien de notre avenir économique collectif, espérons que Carney fasse plus que simplement laisser tomber Smith petit à petit en ce qui concerne les pipelines.
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